La couverture du Hors-Série Août-Septembre 2024 du magazine Geo titrait : “Larguer les amarres. Pour une semaine, un mois, une vie.”
Larguer les amarres, ce n’est pas fuir.
C’est s’offrir un temps de profonde réflexion, éclairer son esprit, créer de l’espace.
Cet hiver, j’ai choisi de m’exiler dans l’archipel des Canaries.
D’île en île, de Fuerteventura à Lanzarote, de Tenerife à La Palma, en passant par La Gomera et El Hierro.
Larguer les amarres pour une semaine serait trop fugace. Une vie, peut-être trop éternelle. Alors, un mois. Un mois que j’espère vertueux.
Cet hiver, je ne traverse pas l’Atlantique.
J’amerris au large du Sahara occidental, au sud de l’Atlantique Nord.
Première partie
Fuerteventura : entre terres arides et oasis de vie
Première escale sur l’île aux vents. Fuerteventura m’accueille avec ses terres volcaniques assoiffées, ses étendues dunaires et ses côtes battues par la puissance océanique. J’atterris un dimanche midi, en parallèle des côtes sahariennes. Ici, le décor change instantanément : une aridité brute, une lumière dorée, une chaleur douce qui enveloppe.
Je prends la route de Pájara, direction la Casa de Petrita, une demeure rurale vieille de 200 ans, toujours entre les mains de la famille de Barbara, mon hôte. Je la trouve en plein arrosage des multiples plantes ornant le patio. Ce dernier est immense, centré autour d’un olivier majestueux. Ici, la maison s’organise de façon traditionnelle : chaque pièce est indépendante, reliée par l’extérieur. L’hiver normand est bien loin… Difficile d’imaginer devoir sortir de la cuisine pour gagner la chambre ou le salon, mais ici, c’est une évidence.
Sur la place principale, un gigantesque ouvrage de crochet prend forme pour les festivités de La Navidad. Les femmes tissent et crochètent, les hommes montent leurs pièces. Ici, tout se fait ensemble, dans la continuité des traditions.
Travailleuse nomade en hivernage, je navigue depuis Pájara dès que le temps me le permet, entre découvertes et sessions de travail. Le midi, un plongeon rapide dans l’Atlantique me suffit. À quelques kilomètres, la petite plage d’Ajuy m’offre cet équilibre parfait : une parenthèse rafraîchissante. Ajuy est un hameau pittoresque où les barques colorées patientent, tirées sur le sable, que l’océan retrouve son calme. À quelques pas, les cuevas, ces grottes sculptées par l’océan, offrent une plongée dans le temps et la roche volcanique.
Explorer l’intérieur des terres
De Pájara à Betancuria
Pájara est un point de départ idéal pour partir à la découverte de l’intérieur de l’île. La route qui mène à Betancuria serpente à travers des reliefs spectaculaires, un enchaînement de lacets vertigineux et de points de vue époustouflants.
Betancuria : un oasis au cœur de l’aridité
Classé parmi les plus beaux villages d’Espagne, Betancuria tranche avec le reste de l’île. Ici, une oasis de verdure entoure les maisons blanchies à la chaux, contrastant avec l’aridité des paysages alentours. Un sentier de grande randonnées, le GR 131, traverse la région, offrant de belles opportunités pour qui veut explorer à pied.
Lajares, l’esprit bohème
À mi-chemin entre El Cotillo et Corralejo, Lajares est une escale idéale pour ceux qui recherchent une ambiance bohème. Ici, une communauté de voyageurs, de surfeurs et de digital nomades a trouvé refuge, donnant au village une atmosphère créative et détendue. Entre marché artisanal, cafés cosy et boutiques locales, Lajares est un lieu où l’on s’attarde volontiers.
Une adresse à retenir : La Paneteca, parfaite pour travailler en savourant de bons produits locaux. Pain au levain, pâtisseries maison et café de spécialité, un petit havre où l’on croise aussi bien des freelancers en télétravail que des habitués du village.
La Oliva, un village entre tradition et héritage
Non loin de Lajares, La Oliva dévoile un autre visage de Fuerteventura, plus historique et ancré dans ses traditions. Le village, autrefois siège du pouvoir militaire de l’île, garde une empreinte coloniale avec ses maisons blanches et son imposante église de Nuestra Señora de la Candelaria. En cette période de l’année, La Navidad transforme le village : une crèche géante, minutieusement installée sur la place principale, attire les regards et émerveille les passants. Un décor vivant, où chaque détail rappelle l’importance des traditions locales. Ici, Noël ne se résume pas aux lumières scintillantes : c’est un moment de partage, une célébration ancrée dans la culture canarienne.
Puerto del Rosario : un marché authentique au son des musiques canariennes
Pour plonger encore plus dans la vie locale, le Mercado Agrario de Fuerteventura, qui se tient tous les samedis matin à Puerto del Rosario, est une étape incontournable. Un marché de producteurs où l’on trouve le meilleur de l’île : fromages majoreros affinés, miels locaux, gofio, légumes gorgés de soleil et huiles d’olive parfumées. Ici, pas de supermarché aseptisé, mais des producteurs fiers de leur savoir-faire, prêts à raconter l’histoire de leurs produits avec passion.
Un groupe de musique canarienne anime la place, faisant résonner les guitares et les percussions traditionnelles. Les voix s’élèvent, profondes et chaleureuses, portant avec elles l’âme de l’archipel. Dans cette atmosphère festive et bienveillante, on danse, on trinque, on échange quelques mots avec les habitants.
Cap au nord-ouest : pistes sauvages et plages secrètes
Au nord de l’île, je quitte la route principale pour suivre une piste côtière sauvage en direction d’El Cotillo.
Playa del Bajo de la Burra (Plage Pop Corn)
Cette plage unique est recouverte de coraux blancs arrondis, appelés Maërls, issus de l’érosion d’algues calcaires mélangées au sable blanc. Un trésor fragile, protégé par la loi : ici, interdiction d’en ramasser, afin de préserver ce bijou naturel.
Majanicho : un village hors du temps
Un peu plus loin, Majanicho, un hameau de pêcheurs pittoresque, émerge au milieu d’une zone vierge, à l’écart des flux touristiques. Petites maisons blanches, volets bleus, barques échouées sur la plage… L’endroit semble figé dans le temps.
La côte des surfeurs et des lagons cachés
En poursuivant vers l’ouest, les vagues et le vent attirent les passionnés de surf et de planche à voile ou du désormais à la mode wing foil. Mais pour ceux qui préfèrent la tranquillité, de petites baies protégées offrent des piscines naturelles où l’eau turquoise contraste avec la roche volcanique.
El Faro de Tostón
En fond de décor, le Faro de Tostón, ensemble de trois phares, veille sur cet horizon sauvage.
Los Molinos : une escale hors du temps
Avant de quitter Fuerteventura pour Lanzarote, je fais une dernière halte à Los Molinos. Hors du temps, ici, pas de réseau, juste le bruit des vagues et le vent qui souffle sur les façades blanchies.
Au restaurant Las Bohemias del Amor, une phrase peinte sur le mur face à l’océan attire mon regard :“Tuve un sueño… tal vez una premonición. Creí en él… y despertó en mí una ilusión. Dedicado a ti.”
Peut-être un rêve. Peut-être une prémonition. Mais surtout une invitation à croire en l’inattendu. Comme un message pour celui qui s’arrête ici, au bout de la route.
Explorer les Canaries autrement
Fuerteventura est une île brute, authentique, qui se découvre autrement : en prenant le temps, en s’éloignant des sentiers battus, en se laissant surprendre.
Comme dans l’église de Pajara où une vieille dame me prend la main, un geste simple, empreint de cette bienveillance qui caractérise tant les Canaries. Un instant suspendu, comme un écho à ce que cette île m’inspire : un territoire rude, mais où l’humain garde toute sa place, dans une hospitalité sincère et discrète.
Les Canaries sont souvent associées aux resorts all-inclusive, aux buffets à volonté et aux plages bondées. Mais derrière cette image de carte postale sans âme, l’archipel cache une toute autre facette. Une terre sauvage, préservée, où l’on peut encore voyager librement et explorer autrement.
💡 L’aloe vera est l’un des trésors naturels de Fuerteventura. Cultivé depuis des siècles, il est utilisé dans de nombreux produits cosmétiques et soins. Un incontournable à découvrir sur l’île !
🔜 Lanzarote et La Graciosa seront ma prochaine escale. Une autre vision des Canaries, entre paysages lunaires, villages blancs et îles hors du temps… À suivre…


























Manuela
dit :Et voilà mon itinéraire est désormais tracé. Vive les road trip. ❤️❤️
Juliette
dit :Bon voyage Manuela ! 😊🍀